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Les relations scientifiques russo-suisses
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Prof. Jean-Claude Badoux: "J'espere que la Suisse verra quelles immenses possibilites il y a sur le plan de collaboration technologique et scientifique avec Moscou".
Interview du Prof. Jean-Claude Badoux, l'ancien President de l'EPFL, President du SNI-RSI
Lundi 9 fevrier 2004, l'EPFL
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Prof. Jean-Claude Badoux,
l'ancien President de l'EPFL |
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Swiss Vision: Prof. Jean-Claude Badoux, parlez, svp, de votre collaboration
avec les savants russes? Quand et pourquoi cette collaboration a commence?
Quand les premiers etudiants russes sont arrives pour etudier a l'EPFL?
Prof. Jean-Claude Badoux: Comme professeur, j'ai eu de nombreux
contacts avec l'ingenierie russe. En 1992 je suis devenu president de
l'Ecole Polytechnique Federale de Lausanne et president de l'Academie
suisse des sciences techniques; dans les deux fonctions j'ai insiste sur
la collaboration avec la science et l'ingenierie russe et en particulier,
avec les jeunes chercheurs et les jeunes ingenieurs. Nous avons, d'une
part, sur mon idee, des 1989 obtenu les moyens pour faire venir au total
200 Russes pour 8 mois ou plus en Suisse dans des Ecoles Polytechniques
ou dans des entreprises et d'autre part, en tant que President d'Ecole
polytechnique, j'ai invite des professeurs russes. Nous les avons fait
venir pour des stages, et puis petit a petit, a partir de 1993-1994, nous
avons admis des etudiants russes en 1-ere annee de l'Ecole polytechnique.
SV: Comment vous estimez les resultats de la collaboration des savants
de Suisse et de l'ex-URSS jusqu'a la periode des annees 90 du siecle passe?
Prof. Jean-Claude Badoux: D'une part, je les considere extremement
positivement. Je suis particulierement heureux que la plupart des Russes
qui sont venus ici pour des stages de 8 mois, d'une annee, de 2-3 ans
soient retournes en Russie. Je crois ces echanges sont tres importants
pour les etudiants russes qui sont venus dans les ecoles doctorales, en
particulier les ecoles doctorales en systeme d'information et de communication,
aient ete excellents et qu'ils soient admis comme etudiants de
doctorat ici apres leur annee a l'Ecole doctorale.
Je suis moins satisfait, pour etre franc, du fait qu'il y a si peu d'etudiants
suisses qui sont alles en Russie. Il y en a aussi. Mais la collaboration
est un peu en sens unique, j'aimerais que la collaboration aille dans
les deux directions. Globalement, la presence en Suisse des ingenieurs,
des chercheurs russes a ete positive et benefique, je souhaite que ces
echanges et ces collaborations puissent se poursuivre.
SV: Dans les annees 90 vous avez pris une bonne initiative du programme
d'echange des ingenieurs de Russie et de Suisse. Parlez, svp, des raisons
de votre action. Comment sont les ingenieurs russes? Sont-ils tres differents
de leurs collegues suisses?
Prof. Jean-Claude Badoux: Merci pour la question. C'etait
mon idee personnelle a la fin des annees 80 de donner la possibilite a
des ingenieurs russes de venir en Suisse, il m'a fallu 2 ans pour obtenir
les moyens financiers, les credits pour financer cette venue des Russes
en Suisse. Je tenais a ce qu'ils puissent vivre dans de bonnes conditions
et qu' ils puissent prendre leurs epouses ou leurs familles avec eux.
Les conditions de leur travail etaient tres precises: ils devaient rester
en Suisse 8 mois au moins, retourner en Russie une fois leur stage termine.
Nous ne voulons pas de brain-drain. Il n' y a eu qu'un cas ou une personne
choisie n' a pas ete a la hauteur par son attitude ou nous avons du la
renvoyer. Beaucoup de liens ont ete construits entre des jeunes Russes,
des Suisses et des entreprises suisses et dans le tres grand nombre de
cas les relations restent entre ces jeunes Russes et la Suisse en general,
plus specifiquement les universites, les instituts et les compagnies ou
ils ont travaille. Les ingenieurs russes sont professionnellement plus
specialises que les ingenieurs suisses. La formation Suisse est tres similaire
a celle de l'Allemagne, de la Suede. Les ingenieurs russes font des etudes
plus poussees dans un domaine moins large, moins synthetique. Au niveau
de l'intelligence, de la force de la personnalite, des competences, nous
avons eu la chance de choisir nous-memes des jeunes remarquables parmi
2000 candidats.
Les boursiers Russes du Fonds SATW - Branco Weiss (SATW
- Die Schweizerische Akademie der Technischen Wissenschaften) a la visite,
le 9 aout 1995.
Parmi les boursiers se trouvent Prof. Jean-Claude Badoux, President
SATW, et Dr hc Branco Weiss.
© Sieben Jahre Fund SATW - Branco Weiss, 1992-1999, SATW Zurich 1999
SV: Prof. Jean-Claude Badoux, la delegation scientifique russe a visite
la Suisse en septembre 2003. Et c'est aussi grace a votre initiative.
Quelle est l'echo de ces rencontres des savants dans les laboratoires
et poles de recherche en Suisse?
Prof. Jean-Claude Badoux: La Russie a quelque chose a montrer
et a donner dans le domaine de la biotechnologie, de la biologie, de la
bioingenierie. La physique russe est plus connue que le domaine du bio.
C 'est tres important de donner la possibilite de se connaitre et faire
ensuite des echanges. Je suis persuade que c'est utile et valable. Il
est tres important que les jeunes savants russes et suisses aient la possibilite
de visiter la Russie et la Suisse. Que ces contacts aient les fruits qui
durent, aient une portee qui touchera quelques annees. Il faut que les
gens de moins de 35-40 ans viennent en Suisse et fassent ces sejours.
La durabilite, la perennite d'un echange se mesurent aussi a ce que cet
echange soit bilateral et touche des jeunes.
SV: Quels sont les domaines forts des savants suisses et des savants
russes?
Prof. Jean-Claude Badoux: C'est toujours dangereux et difficile
de generaliser. La force de la Suisse traditionnellement a ete dans l'application,
dans la capacite de garder les pieds sur terre, de realiser une idee dans
le laboratoire et ensuite d'apporter l'innovation au marche. Les Russes,
de maniere historique et traditionnelle, ont plus d' interet pour la theorie.
Je pense que les deux traditions peuvent avec avantage se meler, se fructifier
l'une l'autre.
SV: Votre avis sur la collaboration russo-suisse dans la recherche
et le developpement high-tech, par ex., bio- , nano- technologie ? En
connaissez-vous un exemple remarquable?
Prof. Jean-Claude Badoux: Les biotechnologies, les nanotechnologies
sont importantes a la charniere entre les developpements scientifiques
et le developpement de nouveaux produits, des produits innovants qui creent
les moyens industriels de demain, l'economie de demain. Comme president
de l'EPFL j'ai prevu pour la periode 2000-2004 la creation de postes nouveaux
de professeur dans le domaine du bio et sous ma presidence il y a eu un
departement et une pleine section dans le domaine de nanotechnologie.
Je crois a l'importance pour l'avenir scientifique, pour l'avenir de l'economie,
en particulier en hautes technologies, je crois a l'importance de bio-
et de nano-technologies, meme si les resultats de biotechnologie sont
beaucoup plus concrets, en particulier, sur le plan industriel suisse
que les resultats de nanotechnologie qui se font encore attendre. L'exemple
le plus remarquable de collaboration russo-suisse est a voir dans le domaine
de nanotechnologie et en particulier, de nanotechnologie qui touche a
la physique des materiaux, a la chimie des materiaux. Traditionnellement
la Russie a ete excellente depuis 1950 dans le domaine des materiaux,
la chimie et la physique des materiaux et c'est dans ce domaine que la
collaboration entre la Suisse et la Russie a le plus de chances de deboucher
sur des resultats industriels complets.
Sur le parc technologique d'Yverdon il y a une societe qui est basee
sur les connaissances scientifiques developpees en Russie, en URSS dans
le domaine de la physique des materiaux. Il y a quelques chimistes, physiciens
russes avec une formation russe qui ont commence leur carriere de chercheur
en Russie et qui ont creee leurs societes ici, en Suisse.
SV: Prof. Jean-Claude Badoux, de longues annees de votre devouement
a l'EPFL l'ont faite l'universite technique leader en Europe. Vous connaissez
bien aussi les ecoles et universites en Russie. Comment vous voyez l'ecole
superieure russe, le niveau de formation des ingenieurs et des savants?
Prof. Jean-Claude Badoux: C' est toujours dangereux pour un
etranger de porter un jugement sur les institutions universitaires et
la formation d'un autre pays. La formation scientifique russe dans les
domaines de la biologie, des mathematiques, de la chimie est excellente.
Au niveau des ingenieurs il est important que les ingenieurs qui obtiennent
un diplome, ou une maitrise, ou un doctorat dans une grande ecole russe
aient une formation de laboratoire qui soit valable, et qu'ils aient des
stages dans l'economie, dans l'industrie, dans les services qui font appel
aux ingenieurs de telle sorte qu'ils soient des gens qui peuvent arriver
a un resultat, etudier les choses de maniere synthetique et venir avec
des produits innovants capables de s'imposer sur les differents marches.
Donc, la formation des ingenieurs doit etre synthetique et elle doit faire
un pont entre l'universite et la realite du monde economique, industriel.
Ils doivent etre engages dans l'economie. Il faut leur donner les outils
pour qu'ils soient capables d'orienter sur le plan pratique, sur le plan
de l'innovation technologique. C'est aussi mon espoir que les meilleurs
bacheliers russes continuent de s'interesser aux etudes d'ingenieur.
SV: Dans votre interview a Swiss Vision, septembre 2002, vous avez
parle de la possibilite de creer a Moscou une Maison Suisse de la Science
et de la technologie de Suisse de type des celles ouvertes a Boston et
San Francisco. Comment avance le projet?
Prof. Jean-Claude Badoux: Je ne suis pas un diplomate, je
suis un savant. Donc, je ne suis pas arrive a faire avancer la realite
d'une Maison Suisse de la Science et de la technologie a Moscou ou en
Russie. La realite est en evolution. Le President de la Confederation,
M. Couchepin qui est aussi le Ministre de la science s'est rendu en Chine
et en Inde en automne 2003 pour accelerer la collaboration avec ces deux
pays. Les priorites ont ete donnees, au-dela des relations aux Etats-Unis,
plutot vers Singapour, Shangai, Bangalore. Mais j'espere que la Suisse
verra quelles immenses possibilites il y a sur le plan de collaboration
technologique et scientifique avec Moscou. La realite politique veut la
priorite dans ce domaine manifestee par le President a ete surtout sur
l'Asie du Sud et l'Asie de l'Est. Je suis heureux de savoir ce que nous
pouvons faire pour que l'idee d'une Maison Suisse en Russie puisse se
concretiser dans les annees qui viennent.
© Swiss Vision 2004
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